Karine Abbou explique pourquoi la France peut encore éviter les erreurs des marques américaines

Depuis le 22 juillet 2026, les internautes français ont accès aux Aperçus IA (AI Overviews) et au Mode IA (AI Mode) de Google, déployés le même jour. Aux États-Unis, où ces formats existent depuis deux ans, les marques ont dû revoir en profondeur leur stratégie de visibilité. Karine Abbou, stratège en contenu et spécialiste de l’AI Search, constate que les marques françaises passent par les mêmes étapes, mais plus vite.

Des réflexes américains que les marques françaises reproduisent

Selon Karine Abbou, la première réaction consiste à attaquer en justice, avant de comprendre qu’il faut s’adapter. La France a bloqué pendant deux ans au nom des droits voisins, tandis qu’aux États-Unis, où ces droits n’existent pas, les médias et les auteurs ont été les premiers à engager des procédures. Business Insider a ainsi perdu 55 % de son trafic issu de la recherche en trois ans et licencié 21 % de ses effectifs. Pendant ce temps, l’usage des AI Overviews et de l’AI Mode progressait, et un procès n’arrête pas un usage.

Karine Abbou explique pourquoi la France peut encore éviter les erreurs des marques américaines



Le deuxième réflexe est de chercher à récupérer le trafic perdu. Neuf jours après le lancement en France, selon Ahrefs, près d’un grand site français sur deux avait perdu plus de 10 % de ses clics, sans perdre une seule position. Aux États-Unis, les acteurs ont passé un an à tenter de faire revenir ce trafic, sans succès. Chez HubSpot, la fréquentation a chuté alors que le chiffre d’affaires continuait de progresser.

Le troisième réflexe, le plus visible en France selon l’experte, est le « hack » : acheter un outil de suivi, réduire l’équipe SEO, transférer une partie du budget vers les relations presse. Le dossier GEO finit souvent au service communication, qui dispose en général du plus petit budget. Aux États-Unis, ces raccourcis ont été sanctionnés, à commencer par la production massive de contenus générés par IA.

Le contenu produit au volume, une impasse

Karine Abbou juge que publier davantage n’est pas la bonne réponse. Depuis mars 2024, Google applique une politique anti-spam visant le « scaled content abuse », c’est-à-dire la production de pages en masse pour manipuler les classements, qu’elles soient écrites par un humain ou par une IA. Les actions manuelles existent depuis juin 2025, et les mises à jour spam de 2026 ont touché des sites bâtis sur du contenu IA produit en masse.

Une étude de l’agence Orbit Media menée auprès de 1 042 marketeurs indique que 92,4 % d’entre eux utilisent l’IA pour produire leur contenu, mais que seuls 13,9 % jugent que leur blog donne de bons résultats. L’IA améliore donc la productivité, sans améliorer nécessairement la performance. Karine Abbou rappelle aussi que l’IA extrait des passages plutôt que des articles entiers : un passage qui reprend ce que cent autres disent ne sera jamais celui qu’elle retient.

Une transposition qui n’est pas à l’identique

Les mécanismes peuvent être transposés, mais le contexte culturel, économique et juridique français change la donne. Début 2026, 65,3 % des recherches Google se terminaient sans aucun clic en France, selon une étude SparkToro et Similarweb, contre 68 % aux États-Unis. Le clic était donc déjà rare avant l’arrivée des aperçus IA.

Selon SE Ranking, plus d’une recherche française sur deux affichait déjà un Aperçu IA en août. Enfin, la langue joue un rôle : Google cite surtout des sources françaises quand on l’interroge en français, alors que ChatGPT va chercher en anglais dans près de huit cas sur dix. Une marque peut ainsi être bien citée sur Google et invisible dans ChatGPT. Reddit pèse près d’un tiers des citations de ChatGPT aux États-Unis, selon des études récentes, alors qu’en France, LinkedIn, les médias et les forums spécialisés comptent davantage. Il faut donc, selon elle, cartographier les sources que les IA lisent en français.